Homélie du 17e Dimanche du temps ordinaire B 15.

Dimanche dernier Jésus invitait ses apôtres et nous-mêmes « à venir à l’écart » afin d’apprendre ou de réapprendre le silence d’où naissent les vies les plus profondes...Une question s’impose « Pendant cette semaine ai-je pris au moins un moment de silence pour prier. Depuis le premier dimanche de l’Avent nous lisons l’évangile selon St Marc, nous le quittons pendant 5 semaines pour lire St Jean.

Le récit d’aujourd’hui livre au moins 3 messages :

1)En toute personne humaine il y a des réactions spontanées qui révèlent le fond de l’être. Il en est ainsi de Jésus. Sa réaction première est de se tourner vers le Père. Dieu premier aimé. Une autre réaction tout aussi naturelle chez lui est de s’intéresser à l’homme, à tout ce qui fait sa vie. C’est d’ailleurs pour conduire l’humanité à son accomplissement qu’il s’est fait l’un de nous. Dimanche dernier nous le voyions s’intéresser à une foule qui est comme un troupeau sans berger et l’enseigner longuement. Aujourd’hui nous le voyons s’intéresser à la foule qui a faim. Dans cette attention de Jésus à tout ce qui concerne l’homme il y a plus qu’une humanité de grande qualité il y a la révélation du visage de Dieu. Le père Jacques Guillet, grand commentateur de la Parole de Dieu, écrit « Cette passion est bien autre chose qu’une simple compassion pour le malheur de l’homme, elle est une volonté de sa réussite. Tout échec de l’homme est pour lui un échec personnel, une blessure intolérable. A la source de la sensibilité humaine de Jésus, du mouvement qui le projette comme d’instinct à la rencontre de tout ce qui souffre et le lance à la recherche de tout ce qui se perd il y a la passion jalouse du Père pour son œuvre, son anxiété pour le péril qu’elle court » (Jésus-Christ dans notre monde p. 24)

2) Une deuxième attitude de Jésus, avant de multiplier les pains, est de de faire appel à la participation d’un jeune garçon qui a 5 pains et 2 poissons. Sa réaction spontanée est de vouloir que l’homme participe à son œuvre, à l’œuvre de Dieu. Il y va de la dignité de l’homme. A travers l’attitude de Jésus nous lisons la passion de Dieu pour l’homme son enfant qu’il appelle à collaborer avec lui à la construction et au renouvellement du monde. Dieu, habituellement, n’agit pas sans nous. Depuis toujours certains reprochent à Dieu la faim, les violences, la pauvreté dont souffrent tant d’hommes. Le Seigneur nous donne tout ce qu’il faut : une terre riche...un cœur pour aimer...une intelligence pour chercher des solutions...des bras pour construire...puis parce qu’il nous respecte et a confiance en nous, il nous appelle à assumer nos responsabilités... Dieu donne, nous avons à donner aussi. Le jeune garçon de l’évangile apporte 5 pains et 2 poissons, c’est peu pour 5000 personnes...c’est peu mais c’est indispensable ! Ce que nous pouvons apporter pour changer le monde est sans doute bien modeste mais notre apport, loin d’être dérisoire, est indispensable pour faire avancer le monde !

3) Dans son récit St Jean précise « c’était avant la Pâque, qui est la grande fête des juifs ». Cette mention éclaire notre texte ! Pâques, Jésus ressuscite...il passe d’une présence limitée à quelques milliers de personnes à une présence offerte à la multitude des hommes...il passe d’une action limitée à quelques milliers de personnes à une action en direction de tous les hommes...Dans cette lumière de Pâques notre récit d’aujourd’hui reçoit une signification nouvelle...De même qu’une lumière derrière un vitrail en met en valeur toute la richesse...de même la lumière de Pâque fait percevoir la portée de notre texte ! Après Pâques les disciples comprennent que Jésus vivant veut toujours donner du pain...un pain nouveau qui nourrit en nous une autre manière d’être et de vivre, si nous le recevons avec foi.

L’enfant de l’évangile évoque notre apport indispensable à l’oeuvre du Christ...il évoque encore davantage. L’enfant est le signe du commencement, de la vie devant soi, une vie dont personne ne soupçonne encore la plénitude à laquelle elle peut atteindre. Jésus en nous donnant son Pain nous conduit à une plénitude que nous ne pouvons pas imaginer. Il reste 12 paniers pleins ...12 évoque la totalité du Peuple de Dieu. Le Pain que Jésus donne aujourd’hui est pour tous les hommes...et il a besoin de son Eglise, de chacun de nous, pour l’annoncer et le donner à nos frères et sœurs en humanité.

Soyons prêts à donner de nous pour que se réalise le projet de Dieu sur monde... Recevons avec foi Jésus vivant qui vient partager sa vie, sa force d’aimer pour nous conduire toujours plus loin, plus haut.

Père Michel Marie.

Soyons prêts à donner de nous...
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