Je transcris ici, avec quelques précisions, ce que j’ai dit le dimanche 28 Juin lors de la Messe marquant le 50e anniversaire de mon ordination sacerdotale : En ce moment particulier de ma vie j’aime repenser à mes racines et redire d’où je viens.... Mes parents étaient agriculteurs à Torteval, près de Caumont-l’éventé, à l’ouest du département...J’ai beaucoup appris d’eux, en particulier le goût du travail...l’honnêteté ...la rigueur ...ils m’ont aussi montré le chemin si précieux de la Foi...j’ai deux frères aînés qui ont toujours respecté mon choix...ils sont dans l’assemblée avec leurs épouses. Je pense à leurs enfants et petits-enfants. Une cousine est là aussi. Ils sont importants pour moi....Mon père est décédé il y a 59 ans et ma mère il y a presque 20 ans. Lorsque j’étais curé de Cormelles-le-Royal et de St Gilles de Caen...elle venait tous les mois passer une semaine au presbytère et elle était heureuse de voir que mon ministère se passait plutôt bien. Lorsque la paroisse St Gilles a fêté mes 25 ans d’Ordination elle était là. Les paroissiens eurent la délicatesse de l’honorer ! Elle était très émue ! Elle, la petite paysanne,être ainsi honorée par les gens de la ville ! Je pense aussi aux prêtres qui m’ont marqué depuis mon enfance. L’idée d’être prêtre m’est venue à 11 ans...elle s’est envolée puis est revenue en force. Au cours de mon cheminement j’ai vécu un moment particulièrement lumineux pendant mon service militaire. Comme tous les hommes de mon âge je suis allé en Algérie. A l’approche du retour nous étions plusieurs à parler de ce que nous allions faire en rentrant. Alors j’ai dit : « Je pense être prêtre mais j’hésite car je ne me sens pas capable de bien assumer cette tâche ». L’un de mes camarades a dit : « Tu n’as pas à hésiter, tu feras cela très bien », et tous ont approuvé. Avec le recul je me suis dit que Dieu m’avait parlé par leur intermédiaire. J’ai été ordonné prêtre le 29 Juin 1965 en la cathédrale de Bayeux. Nous étions 5....50 ans !... et j’ai toujours le sentiment d’être un débutant. Le monde a tellement changé et il faut continuellement inventer de nouveaux chemins d’évangélisation ! Jamais rien n’est définitivement acquis ! La vie, quel combat ! La vie d’un prêtre, comme la vie de chacun de vous est faite de moments merveilleux et de moments difficiles.... Je voudrais évoquer deux souffrances. Le climat de fête n’empêche pas, il me semble, de parler vrai...Je constate depuis 40 ans que beaucoup de parents qui font baptiser leurs enfants ne respectent pas leur engagement à leur donner une éducation chrétienne. Aujourd’hui ils sont majoritaires. Je me dis souvent : « Ils n’ont pas compris » et je culpabilise « Je n’ai pas su leur faire comprendre l’importance, pour chacun, d’être cohérent avec ses démarches »...C’est pour moi une vraie souffrance...Attention ! Je ne généralise pas : des parents donnent une éducation chrétienne à leurs enfants et à toutes les communions et professions de foi je les félicite chaleureusement...Et puis, les baptêmes des petits sont parfois l’occasion de belles démarches. Je me souviens : lors d’une réunion de parents pour préparer le Baptême de leurs petits, un papa a dit soudain : « Je ne suis pas baptisé, est-ce que je pourrais encore l’être ? ». Evidemment ! Il a fait un beau cheminement et a été baptisé. Il rejoint souvent notre assemblée. Il est là parmi nous ce matin. Je me souviens aussi d’un couple dont la foi en sommeil a été réveillée par la préparation de son Mariage et la préparation du Baptême de ses enfants. Le monsieur s’est préparé à la Confirmation et tous les deux se sont engagés dans la préparation au Mariage. J’ai reçu d’eux, récemment, une lettre magnifique. Une deuxième souffrance ! Partout où je suis passé j’ai rencontré des gens merveilleux et vécu des moments également merveilleux. Ici comme ailleurs. Et depuis 18 ans que je suis ici, l’évêque m’a proposé 4 fois un autre poste. Je suis resté, c’est donc que la paroisse St Thomas de la Touques n’est pas invivable....Mais il y une chose qui m’a peiné, ailleurs et ici : J’ai souvent lancé des appels pour que soient assumés des services ou des responsabilités ...les réponses ont été faibles ! Je constate aussi que pendant le Carême des propositions sont faites pour vivre des moments de ressourcement ...si peu répondent ! De même pendant la semaine sainte, peu savent privilégier ces grands moments... Ce qui concerne la vie de la foi passe souvent après tout le reste, s’il reste du temps et si cela ne dérange pas. Nous sommes avares avec le Seigneur !.. Grande souffrance dans le cœur d’un pasteur ! Dans le contexte où nous sommes il est urgent que les baptisés se réveillent. Il ne s’agit pas d’entrer en guerre avec qui que ce soit ! Nous sommes des gens respectueux et paisibles. Il s’agit de vivre notre foi avec ferveur ! Une femme politique disait récemment : « Chrétiens, remplissez vos églises ». Jésus nous dit comme à la jeune fille de l’évangile de ce dimanche : « Lève-toi »...agis, donne de toi-même. Les aspects heureux de ma vie de prêtre sont très nombreux. D’abord la joie de célébrer l’Eucharistie tous les jours. Quel bonheur de prêter ses lèvres à Jésus vivant pour qu’il puisse redire aujourd’hui : « Ceci est mon corps » ceci est moi avec ma vie d’homme et de Fils de Dieu, avec toute ma richesse que je voudrais tant vous partager. Le Dimanche j’ai la chance de célébrer souvent avec de belles assemblées ferventes. Il y a des sommets comme Noël, la veillée pascale avec les baptêmes d’adultes, le jour de Pâques avec une église archicomble... les messes animées avec les enfants tous les mois ! J’adore ! J’aime préparer le commentaire de la Parole et le donner dans le calme ! J’aime transmettre ce que j’ai découvert ! Autre joie : Ceux qui ont répondu à un appel et ont rejoint une équipe : les équipes préparation au Baptême et au Mariage...éveil à la foi des petits...les catéchistes...l’équipe d’aumônerie de collège...les équipes liturgiques auxquelles j’associe les personnes qui préparent les églises pour les célébrations...les organistes...les personnes qui font la décoration florale, les animateurs des célébrations sans prêtre...les visiteurs de malades...l’équipe accompagnement des familles en deuil... ceux qui accompagnent les catéchumènes...la société st Vincent de Paul...l’équipe de pilotage du Café Théologique...le conseil paroissial et le conseil économique...ceux qui distribuent le bulletin paroissial annuel dans les 10000 foyers de la paroisse... ceux qui accomplissent d’autres travaux... bref les 150 bénévoles qui œuvrent généreusement à la vie de la paroisse....Il en faut du monde pour qu’une paroisse vive !...Ah s’il y avait eu quelques bonnes volontés de plus dans les diverses équipes que je viens de mentionner, j’aurais peut-être pu poursuivre ma mission ici quelques temps.... Je dis un grand Merci à ceux qui s’investissent ! J’ai un grand bonheur à travailler avec eux. Il y a parfois quelques conflits ! C’est inévitable... mais c’est rare. Il y a aussi les 2 dames qui travaillent au presbytère. Ce sont des salariées mais elles font bien leur travail ! Elles m’aident donc bien. Je voudrais mentionner la communauté des franciscaines qui assurent une permanence de prière et qui s’investissent bien dans la visite des malades. Je voudrais nommer une personne : Sr Antoinette. C’est une collaboratrice extraordinaire ! Cela fera 50 ans l’an prochain qu’elle est religieuse ! Pensez-y ! Depuis 50 ans des gens de tous âges sont venus me parler, se confier, me poser des questions. Ils m’ont fait réfléchir et progresser. Je me souviens de groupes de jeunes et de groupes de jeunes adultes avec lesquels nous avons fait une belle réflexion. Certains sont dans l’assemblée. J’ai rencontré partout des groupes bibliques, ici une équipe du mouvement chrétien des retraités ; Je les remercie. Depuis 25 ans j’ai rencontré des catéchumènes, en particulier ici. Dans le terme « catéchumènes » j’inclus non seulement les adultes qui se préparent au Baptême mais aussi ceux qui se préparent à l’Eucharistie et à la Confirmation. Ils m’ont donné beaucoup de bonheur. La journaliste de Ouest-France qui a publié un article sur moi ce jeudi 25 Juin, écrit que je me suis fait du catéchuménat une spécialité. C’est peut-être beaucoup dire, mais il est vrai que j’ai une passion pour cet aspect de mon ministère. Les catéchumènes m’ont apporté beaucoup de bonheur. On devient prêtre par l’ordination mais je dis volontiers que par l’ordination on commence à devenir prêtre et on le devient toujours un peu plus par la rencontre du Seigneur et par la rencontre de bien des personnes qui nous demandent de faire ce pour quoi nous sommes ordonnés. Je remercie ceux qui ces dernières années m’ont posé des questions et m’ont amené à devenir écrivain et à publier 3 livres. Je n’aurais jamais pensé, il y a encore dix ans, publier un livre ! Je dois dire en plus que je suis le premier bénéficiaire de ce travail qui m’amène à réfléchir, à faire des recherches et à composer. Que de visages défilent dans ma mémoire ces jours ! Je voudrais dire aux jeunes que la vie de prêtre est un chemin d’accomplissement, la vie de religieuse aussi et les inviter à se poser une question : « Prêtre ou religieuse pourquoi pas ? » Ma vie de prêtre m’a fait parcourir un chemin humain et spirituel unique que je n’aurais certainement pas pu parcourir en faisant un autre choix de vie. Je voudrais remercier ceux qui m’ont invité à leur table. Je ne suis pas spécialement glouton ni ivrogne...J’aime les repas simples et pas trop longs, deux heures au maximum, ils sont l’occasion de bons partages....Dans les évangiles nous voyons souvent Jésus à des repas, ses adversaires l’accusaient d’être « glouton et ivrogne » (Mt 11,9) ...il n’en était rien, mais il aimait les repas comme occasions d’échanges et d’enseignement. Je voudrais demander pardon à ceux que j’ai pu blesser ou décevoir. Il parait que je suis parfois inflexible ! Il faut parfois savoir dire : « non ». Chacun de vous le sait. Toute responsabilité oblige parfois à dire : « non ». La journaliste de Ouest-France titre : « Le père Marie, un timide à haute sensibilité ». Pour dire « non » je dois prendre sur moi pour être ferme. Le chemin n’est pas fini. Je suis ici jusqu’au 6 Septembre. Je célébrerai ce dimanche avec mon successeur : le Père Jean-Parfait CAKPO que vous accueillerez bien....puis je partirai. Au bout de quelques années une paroisse devient une famille. Ce sera dur de partir ! Lorsque j’ai quitté Caen il y a 18 ans pour venir ici j’ai pleuré tout le trajet et pendant quelques semaines sinon quelques mois...ce sera pareil quand je ferai le chemin inverse. Je me retirerai à Caen pour une semi-retraite. Quelques tâches m’attendent ! Les religieuses de la Visitation de Caen m’ont sollicité pour introduire les 6 ou 7 novices à la lecture de la Bible et aux rudiments de la théologie. Il m’est demandé de célébrer la Messe une fois par mois dans une des prisons de Caen. Notre évêque m’a sollicité pour faire partie du groupe qui va examiner le projet de béatification de Léonie MARTIN, sœur de Ste Thérèse de Lisieux. J’aimerais trouver à Caen un groupe de 8 à 10 personnes passionnées par la Bible pour travailler avec elles ce précieux document qu’est la Parole de Dieu. Merci au Seigneur de son appel et de sa présence. Il m’a porté pendant ces 50 années... Il est fidèle ! Parfois certains m’interrogent « Et la solitude ? »... Je ne m’ennuie jamais ! D’une part, j’ai toujours du travail et j’aime lire. J’ai d’ailleurs trop peu de temps pour lire ! La semi-retraite sera la bienvenue sur ce plan. ...D’autre part, j’ai une conviction « Je ne suis jamais seul » Merci à tous ceux qui m’ont aidé à réaliser ma vocation au fil des années. Je termine comme souvent notre pape François : « S’il vous plait, priez pour moi. Merci ! » Je prie aussi pour vous.

Père Michel MARIE

Jubilé d'Or du Père Marie.
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