Homélie du 33° Dimanche –B- du Temps ordinaire( Marc 13,24.32),

Messe d'installation du Père Jean-parfait CAKPO, Curé de la Paroisse Saint Thomas de la Touques.

A votre porte,

Frères et sœurs,

Ce soir-là Amélie n’est pas rentrée dans son studio. Elle venait de rencontrer sa meilleure amie et lui avait dit que tout s’était écroulé. Celle-ci n’avait pas eu le temps de l’écouter. Elle était étudiante comme Amélie et elle finissait son travail tous les soirs vers minuit. Le lendemain elle apprenait qu’Amélie avait fait une tentative de suicide et se retrouvait en réanimation. Son amie était là, comme effondrée devant le tragique de la vie. Elle s’en voulait et avait l’impression que « le ciel lui était tombé sur la tête ».

Sans en arriver là, frères et sœurs, combien de personnes autour de nous ont l’impression que le ciel leur tombe sur la tête. Pour beaucoup de personnes les étoiles semblent disparaître du ciel comme dans l’Evangile. Et nous aussi à travers le tragique de l’histoire que nous venons de vivre, nous attendons la venue du Fils de l’Homme. Mais que fait Dieu, disent tant de gens autour de nous. Quand on voit ce qu’on voit disent les braves gens, vous ne croyez pas que le bon Dieu se fait du tort ? Sans doute qu’à vue humaine le bon Dieu se fait du tort.

Pensons aux premiers Chrétiens. Il est des moments dans la vie mais aussi dans l’histoire de l’humanité où le ciel vous tombe sur la tête. Il en fut ainsi des premiers chrétiens. Les débuts de l’histoire du christianisme ont été tragiques. Au moment où Marc écrit son Evangile, les chrétiens évoquent tristement la mort de Pierre crucifié, la tête en bas, à Rome. Ils ne peuvent oublier Paul qui a eu la tête tranchée et tous ces chrétiens qui ont servi de torches vivantes pour l’Empereur Néron. Les Juifs eux-mêmes ont été durement touchés à Jérusalem. Leur temple qui faisait encore la fierté des disciples de Jésus est à jamais disparu. L’Empire Romain domine le monde méditerranéen comme une chape de plomb. Les croyants de l’époque, Juifs et chrétiens, sont durement traités. Ces moments tragiques parsèment l’histoire de l’humanité et de la chrétienté.

Rappelons-nous la naissance de Jésus. Elle n’épargnera pas le bain de sang des enfants innocents de Bethléem. Comme une nuit sans étoiles Dieu n’attend pas les moments heureux de la vie pour signaler sa venue. Il sait bien que la vie est un combat contre les forces du mal. Il l’a éprouvé en la personne de Jésus. Il est des moments de l’histoire humaine qui sont jalonnées de terribles détresses, d’une nuit sans fin. Ce sont les images qu’emploie l’Evangile de Marc pour nous parler de ces périodes. Le soleil, la lune, les astres ont toujours fasciné les êtres humains.

L’horoscope tient la une de nos journaux. Les hommes préfèrent se tourner vers ces puissances célestes. Ils croient effacer leurs angoisses et y trouver un sursaut de bonheur. Pas plus que leurs somnifères, leurs faux dieux ne leur donneront le vrai bonheur. Tout cela risque de les enfermer à jamais sur eux-mêmes. Pourquoi n’ont-ils pas rencontré Quelqu’un? Le figuier refleurit.

Au cours de cette nuit de l’humanité, voilà Quelqu’un qui vient pour rassembler le visible et l’invisible. Il tend la main. Il rayonne la lumière d’une clarté plus belle que celle du soleil et des étoiles. C’est le Fils de l’Homme...C’est Jésus Ressuscité. Comme le figuier tout dépouillé voit pousser peu à peu ses bourgeons, les chrétiens désemparés devant tant d’échecs et de souffrances découvrent la présence du Fils de l’Homme.

Le danger qui nous guette c’est de nous enfermer dans notre peur et nos angoisses alors que nous sommes invités à contempler le Ressuscité. Le tragique de l’existence, le Christ l’a traversé. Je pense à cette femme qui a regardé son crucifix au pied de son lit toute une nuit. La boite de somnifères était là à portée de mains. La croix l’a sauvée de la tentation d’en finir. Ne regardez pas trop la nuit sans étoiles mais sachez que « le Fils de l’Homme est proche. Il est là à votre porte », nous dit l’Evangile. Ce matin nous louons le Seigneur pour toutes ces vies données au service des personnes marquées par le tragique de la vie. Oui le figuier refleurit. C’est bien vrai : Le ciel et la terre passeront. L’Evangile demeure bien vivant dans des vies d’hommes et de femmes et les paroles de Jésus ne passeront pas. L’Esprit Saint n’a pas déserté son Eglise.

Frères et sœurs, vous accueillez un nouveau prêtre : votre curé. Le prêtre diocésain est l’homme de terrain, de proximité et à l’écoute de ses contemporains. Les hommes d’aujourd’hui ont soif de bonheur et de fraternité. Je ne pense pas que l’Evangile soit indifférent à cette attente. Parmi les qualités que les fidèles attendent du prêtre, ils mettent en premier l’écoute. Oui, celui que ne peut plus écouter son frère, finit par ne plus écouter Dieu Lui-même. Dieu seul peut nous donner un cœur qui écoute.

Pour un prêtre diocésain, n’y a-t-il pas plus beau programme pastoral que celui qu’évoque le prophète Isaïe : « Dieu mon Seigneur m’a donné le langage d’un homme qui se laisse instruire, pour que je sache à mon tour réconforter celui qui n’en peut plus. La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j’écoute comme celui qui se laisse instruire » (Isaïe 50,4-5). Jean Parfait, tu ne sais pas ce que sera l’avenir. Puisses-tu mettre ta confiance en celui qui te promet l’avenir à savoir le Christ. Lui il est fidèle. Et vous frères et sœurs, le plus beau cadeau que vous puissiez offrir à votre prêtre, c’est votre prière. Alors merci pour lui. Amen.

+ Jean Claude Boulanger Evêque de Bayeux - Lisieux

A votre porte...
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