Homélie du MERCREDI DES CENDRES 10 FEV 2016 : Jl 2,12-18. Ps 50. 2 Cor5,20-6,2 Mt 8,1-6 Frères et sœurs en Christ, Fils et filles bien aimés de Dieu. Vous connaissez tous la locution prépositionnelle « à l’insu de… » Je crois qu’elle résume assez bien,même très bien,le socle de tous les conseils et consignes que Jésus nous donne dans cette page de l’Evangile selon St Matthieu. Il s’agit là d’une véritable feuille de route pour ce temps important de carême. Vous le savez,carême vient de quarante. La Sainte quarantaine. Comme on dit. Nous avons quarante jours pour nous préparer à la fête des mystères de notre foi chrétienne : Passion, Mort et Résurrection du Christ Jésus. Quarante jours pour imiter davantage la bonté de Dieu,quarante jours pour vivre la belle invitation mêlée de révélation faite par le prophète Joël dans la première lecture « Revenez au Seigneur votre Dieu car il est tendre et miséricordieux,lent à la colère et plein d’amour. »(Jl 2,13ss) Quarante jours pour imiter sa Grande Sainteté : « soyez saint comme Dieu est saint » (Lv 19,2) Mais on ne devient une sainte et un saint qu’à son propre insu. Cette expression « à l’insu de » signifie bien, sans que la chose soit connue,sans que la chose soit sue de quelqu’un d’autre. Jésus insiste lourdement sur cette consigne pour chacun des conseils qu’il nous prodigue pour le carême au point de laisser entendre que la valeur même de toute notre démarche spirituelle serait nulle si nous n’en tenions pas compte. Jésus fait une différence et une opposition entre les actes accomplis à l’insu de et ceux qui sont accomplis à l’instar de. Ainsi,déclare Jésus, quand vous faites un don,une aumône,une offrande, une belle œuvre ne le faites pas à l’instar des hypocrites à la manières des gens préoccupés d’eux mêmes. Mais que votre main droite qui fait l’aumône,le fasse à l’insu de la main gauche.Quand vous priez,ne le faites pas à l’instar des païens et des pharisiens. Eux ils le font au vu et au su, mais vous, entrez en vous-même, et, à l’insu de tous dans la discrétion,dans le secret,ou comme dit Saint Augustin « Dieu plus intime à moi que moi -même » et là, parlez à votre Père. Il vous le revaudra.Quand vous jeûnez, ne le faites pas à l’instar des hypocrites,mais à l’insu des regards.Votre jeûne ne sera pas connu et su des hommes mais de seulement de votre Père qui est présent dans le secret. Il vous le revaudra. Frères et sœurs bien aimé, ce temps de carême, nous invite surtout à un travail de fond, à une descente en profondeur car c’est là dans l’intériorité dans » l’intime le plus intime » (St Augustin) que Dieu nous attend. Ce temps de carême est un temps fort et temps de l’effort,offert à chacun pour labourer les landes rebelles et dures de son cœur. Avez-vous remarqué que le prophète Joël insiste sur cela ? « Revenez de tout votre cœur. Déchirez vos cœurs et non vos vêtements. C’est le temps de la conversion. Celle-ci est une réponse d’amour à l’appel de Dieu. Un temps d’activités spirituelles :les verbes du prophète Joël sont actifs. Revenir,sortir,annoncer,sonner,tenir,réunir,aller,déchirer,rassembler… Pour y parvenir,l’Église nous propose trois attitudes spirituelles : Jeûner,Aimer,Prier. Ce ne sont pas des objectifs mais des moyens. D’abord le jeûne,la privation volontaire,le détachement choisi,le renoncement libre,le choix de dominer sa langue et de maîtriser le « jouir oral » ou tout au moins essayer de le border. C’est là une façon de labourer la terre de notre cœur,de jardiner l’espace de notre âme,de désencombrer notre esprit, de plonger aux profondeurs de notre être et pêcher à plein filets dans les eaux premières de notre vies. Dans le jeûne,il y a un outil de liberté. Mais labourer sans jamais arroser et semer, c’est peine perdue. C’est pourquoi, jeûner doit conduire logiquement à plus de charité, à plus d’amour,de tendresse,de douceur,de compassion,de miséricorde. C’est le deuxième moyen spirituel de ce temps de grâce : AIMER Si, jeûner, fait que vous devenez un grincheux mécontent,il vaut mieux arrêter et manger. Le prophète ISAIE le disait déjà huit siècle avant Jésus Christ : « Le jeûne que j’aime le voici, dit le Seigneur. C’est libérer les hommes injustement enchaînés C’est délivrer les autres des contraintes qui pèsent sur eux, C’est rendre la liberté à ceux qui sont opprimés, C’est partager ton pain avec celui qui a faim, Ouvrir ta maison aux pauvres et aux déracinés, Fournir un vêtement à ceux qui n’en n’ont pas, Ne pas se détourner de celui qui est ton semblable. (Is.58,6ss) Vaste programme pour imiter Dieu ! Lui dont les attributs nous sont dévoilés dans ce texte du prophète Joël : notre Dieu est tendre.Miséricordieux,lent à la colère,c’est-à-dire long à se fâcher ou encore difficile à énerver,plein de compassion,débordant d’amour. Oui,c’est l’amour qui agit comme une pluie bienheureuse sur nos cœurs arides. Enfin,le troisième pilier c’est la prière. Labourer par le jeûne, semer par les œuvres de miséricorde et de charité ne serait rien sans la prière. Car elle entretient et fait lever la semence car elle est le ballon d’oxygène,le lieu du Souffle Pur,le lieu de L’Esprit Saint. Or vous savez que la graine, une fois semée, germe dans le secret. C’est à l’insu du semeur que ça pousse. C’est au secret du ventre de la terre qu’elle est travaillée et non pas au vu et au su. Cela reste voilé au regard. « Le vent souffle,tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. » (Jn 3,8) « tu ne sais… » car c’est le lieu de l’insu et c’est en ce lieu que Dieu agit. Dans le vacarme actuel du monde,devant la saturation et l’agitation actuelles,face à la dictature du « bling bling », Jésus nous redit l’essentiel : Le bien que vous faites, ne le faites pas à l’instar de mais à l’insu. Du reste, « l’essentiel est invisible aux yeux » A . et l’on ne voit bien qu’avec les yeux du cœur.Ne déchirez pas vos vêtements mais vos cœurs dit le prophète Joel. Ah le cœur ! Le sage du livre des proverbes bibliques conseille : «garde ton cœur en toute vigilance car de lui dépendent les issues de la vie . » (Pr 4,23)

Père Jean-Parfait CAKPO

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