Homélie XIVe Ord B

                                   A l’épreuve de la prédication

La grâce de la foi en question

 

 

          Ils ne s’y attendaient pas du tout.  Ni Jésus lui-même, ni ses auditeurs.

Et pourtant il est chez lui. On aurait cru le contraire. Jésus revient à son village natal. Un retour aux sources à Nazareth, le berceau de son enfance et de sa jeunesse, à la rencontre de sa famille, des amis de voisinage. Au jour du Shabbat, il se rend au culte à la synagogue pour la prédication. Mais ses compatriotes restent bloqués à une certaine connaissance de lui.

Ils posent sur lui des yeux de chair. Ils ne voient en lui que le fils du charpentier, le fils de Marie avec lequel ils ont joué, travaillé ou écouté la Thora. Jésus lui-même était choqué de leur attitude. Il cite le dicton devenu célèbre « Nul n’est prophète chez soi » ou, comme l’écrit si bien Saint Jean dans le prologue de son évangile « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli. » Jn 1,11.

Cette attitude des compatriotes de Jésus est un message pour nous tous 2000 ans plus tard.

Nous les catholiques, croyants pratiquants ou pratiquants peu croyants, ne sommes-nous pas tentés de nous enfermer dans une forme de conservatisme, de pensées rigides, d’opinions toutes faites, de préjugés et de blocages intellectuels, spirituels, culturels, sur les autres, l’Eglise et le monde, et Jésus lui-même ?

Aux compatriotes de Jésus, il a manqué les yeux de la foi, le regard libérateur, le regard spirituel. J’insiste sur le regard du cœur, les yeux intérieurs, parce que dans le Psaume du Jour (122) qui compte 4 versets, il est question des yeux. Le livre des proverbes déclare que la clarté des yeux met la joie au cœur.

La joie de la foi. Le deuxième message que je vous propose concerne la foi.

L’évangile de ce jour affirme que Jésus était scandalisé de leur manque de foi. « La foi est un moyen de connaître les réalités qu’on ne voit pas. » Heb 11,1 Et justement la foi pose question.

Avez-vous remarqué que cet évangile, sur 6 versets, compte 5 questions ?

D’où cela lui vient-il ? Quels sont ses miracles, cette sagesse ? Les frères et sœurs ne sont-ils pas ici ?

Quant à la foi, il y a celles et ceux qui refusent de croire parce qu’ils croient tout savoir sur Jésus et le monde, Jésus et les catholiques.

Les compatriotes de Jésus croyaient le connaître suffisamment pour accepter de le méconnaître pour le reconnaître.

Comme disait Montaigne « Tous les abus du monde s’engendrent de ce qu’on nous apprend à craindre de faire profession de notre ignorance. » Il nous faut accepter que nous ne connaissons pas Jésus totalement, que nous ne nous connaissons pas totalement nous-mêmes.

Pour cela il nous faut opérer un déplacement et changer nos curseurs, réactualiser notre disque dur de la foi et de la spiritualité et Repartir en mission. « Je t’envoie » dit le Seigneur à Ezekiel. Dieu nous envoie toutes et tous en mission prophétiser (Prêtre, Prophète et Roi). Envoyés pour annoncer la Bonne Nouvelle.

Mais comment l’annoncer sans le connaître ? Comment le connaître sans le fréquenter ? Comment le fréquenter sans l’aimer ? Comment l’aimer sans le rencontrer ? Comment le rencontrer sans le chercher ?« Tu ne m’aurais pas cherché si tu ne m’avais trouvé. » Mais où le trouver ?

Il est en vous ? Son esprit est en vous ! Qu’attendez-vous pour l’écouter ?

 

 

Père Jean-Parfait CAKPO

Homélie du XIV Dimanche du Temps ordinaire.
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