La prochaine Fête patronale de Saint Augustin est l'occasion de relire avec intérêt le texte de la conférence du Père François-Marie Humann, Abbé de Mondaye, lors d'un Café Théo consacré à Saint Augustin et la Miséricorde de Dieu.

Saint Augustin et la miséricorde de Dieu, par le P. François-Marie Humann, abbé de Mondaye.

La vie de saint Augustin, comme l’a bien montré le pape Benoît XVI, est marquée par trois grandes conversions. Celles-ci sont caractéristiques de toute existence chrétienne, où le visage miséricordieux de Dieu s’éclaire d’une lumière plus vive.

La première conversion est celle qui conduit le jeune Augustin au baptême, après avoir commencé une brillante carrière de rhéteur, et avoir été pris dans la secte manichéenne durant 9 ans. C’est la conversion la plus connue, décrite dans les Confessions. Elle est marquée par la rencontre de saint Ambroise de Milan, par la découverte de la sagesse philosophique et de ses limites et enfin par la lumière venue de la rencontre du Christ dans les Saintes Ecritures et dans le don de sa grâce. Les miséricordes de Dieu sont infinies et saint Augustin a su relire sa vie dans cette lumière. Dieu l’a libéré de l’erreur et de l’indécision. La relecture spirituelle de son propre itinéraire, dans la foi, nous permet à déchiffrer, nous aussi, le sens de notre existence personnelle, dont la clé est la miséricorde de Dieu pour nous.

La seconde conversion est celle qui fait sortir saint Augustin de sa paisible retraite, où il cherchait Dieu dans l’étude et la contemplation, avec ses amis, dans sa communauté de Thagaste, pour répondre aux appels de l’Eglise et du peuple que Dieu lui confie. Ce tournant survint lorsqu’il devient prêtre puis évêque d’Hippone. La miséricorde de Dieu se révèle à lui comme un appel à s’engager concrètement pour venir en aide aux besoins de toutes sortes des chrétiens de son temps et de tous ceux qui le sollicitent. La miséricorde fait sortir l’homme de l’indifférence. Il ne s’agit pas seulement de compassion, d’émotion devant la misère d’autrui, mais bien d’action concrète et d’engagement pour porter secours à celui qui est dans l’épreuve. Contemplé dans la prière par saint Augustin, le Christ devient encore plus vivant en lui, lorsqu’il le découvre aussi au cœur de la vie de ceux qui ont besoin de son attention, de ses conseils, de ses enseignements. Il se consacre sans réserve à son ministère, durant plus de 30 années d’épiscopat, charge qu’il vécut non comme un honneur ou un épanouissement personnel, mais comme un lourd fardeau.

La troisième conversion se poursuit tout au long de sa vie. Comme tout converti, saint Augustin a cru dans un premier temps qu’il serait apte à suivre le Christ et l’Evangile, sans aucune hésitation. Mais il fait l’expérience de ses fautes, de ses limites, de ses péchés, en un mot du décalage entre l’idéal poursuivi et son existence personnelle. Il comprend que seul le Christ vit vraiment l’Evangile et que tout homme a besoin du pardon de Dieu. Aucune loi ne peut sauver l’homme. Seule la grâce du Christ nous sauve ! Aucune religion qui se fonde sur l’application d’une loi ne peut apporter le salut à l’humanité. Il s’agit de laisser le Christ nous laver les pieds jour après jour, comme il le fit pour l’apôtre saint Pierre. Cette conversion à l’humilité va s’enraciner toujours plus profondément dans la vie de saint Augustin, lui l’intellectuel ambitieux appelé à lutter contre les racines tenaces de l’orgueil. Ainsi, la miséricorde de Dieu n’est-elle pas pour le chrétien une expérience passagère mais bien plus fondamentalement une attitude permanente de confiance et d’abandon. Il s’agit de mettre toute notre existence sous la miséricorde de Dieu, jusqu’au terme de notre vie. Ma vie, dit saint Paul, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi.

Dans les relations interpersonnelles et dans la vie ecclésiale, communautaire, paroissiale ou familiale, cette miséricorde divine se traduit par l’amour du pécheur et la haine du péché. Personne ne doit être condamné définitivement et sans appel pour ses fautes. Une porte doit toujours être ouverte. Il s’agit de faire toute la vérité, mais de croire aussi au pardon. Corrigez mais ne jugez pas ! Une telle attitude, profondément chrétienne, manque cruellement à notre société contemporaine, qui, en se détournant de Dieu, devient dure et sans merci pour les pécheurs que nous sommes pourtant tous, les uns comme les autres. Scandaleuse miséricorde de Dieu, pourrait-on dire, qui dépasse toutes nos considérations morales et nos bons sentiments pour offrir le pardon à tout homme qui reconnaît humblement ses fautes. Au lieu d’enfermer les uns dans un état d’éternelle victime et les autres dans un statut de criminel à perpétuité, il faut sortir de cette impasse qui n’apporte ni consolation véritable aux victimes ni miséricorde aux coupables, mais conforte la domination hypocrite et orgueilleuse des « bien-pensants ». Par sa mort et sa résurrection, le Christ a vaincu le mal, le péché et la mort. Telle est notre espérance. Saint Augustin nous offre un chemin pour redécouvrir aujourd’hui la révélation chrétienne de Dieu : sa miséricorde.

Café Théologique, St Augustin et la miséricorde de Dieu.
Café Théologique, St Augustin et la miséricorde de Dieu.
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