« IL EST MÉDIATEUR D’UNE BIEN MEILLEURE ALLIANCE. »      

                                                                                                     He8, 6

 

           Elle a modifié, dans l’histoire, la trajectoire sociopolitique et la destinée économique des Peuples et des Nations. Elle a parfois désorienté les calculs partisans de celles et ceux qui n’en n’ont pas tenu compte. Elle est célébrée dans certains rites religieux en général. Elle est enfin rappelée au cours et au cœur de chaque célébration eucharistique : l’Alliance.

LE MOT ET LE VERSET

            Il nous est fort utile de nous référer aux deux sources linguistiques que sont le grec et l’hébreu pour mieux nous laisser éclairer sur l’étymologie du mot « Alliance »d’une part. Pour aller sur le chemin de ce verset biblique de l’épître aux Hébreux, d’autre part. Selon le grec «diathèkè issu de dia-tithemai ou syn-thèkè)», l’alliance est un acte   juridique permettant à une personne de disposer de ses biens. Alors qu’en hébreu, (Be rît) porte le sens d’un pacte entre deux parties inégales, d’un contrat bilatéral. D’où l’idée parfois de vassalité : le plus puissant promet au faible, protections et secours, sur un principe de loyauté réciproque. Cependant, ce serait appauvrir la réalité de l’Alliance si nous ne tenions pas compte de la centaine d’occurrences et d’équivalences qu’elle recouvre selon les différentes éditions et traductions de la Bible. Ainsi le verset cité comme titre de cette méditation est tiré de la « Traduction Oecuménique de la Bible » (TOB) «Jésus est le médiateur d’une bien meilleure alliance. » (He 8, 6)Dans la Bible de Jérusalem, le verset dans son intégralité se lit comme suit : « Mais à présent, le Christ a obtenu un ministère d’autant plus élevé que meilleure est l’alliance dont il est le médiateur. » (He8, 6)

SENS ET CIRCONSTANCES

             L’objectif de Dieu, son projet d’amour sur l’humanité, sa sainte volonté de grâce, son plan de salut pour les hommes et femmes qu’il a crées, c’est de réaliser la plénitude de l’Alliance : la consécration, le bonheur. De manière progressive, Dieu en a multiplié les modalités dans l’histoire. Ce fut avec quelques figures emblématiques: Noé/Abraham/Moïse/Melkisédek/Abel/Lire Gn10, 5.Gn12, 3. Ex3, 6. Ex20, 22-24,1ss : Comme l’affirme si bien la Prière eucharistique IV : « Dieu  a multiplié les Alliances avec eux.» Les Pères de l’Église parlent de pédagogie divine à ce sujet. Aussi Saint Irénée écrit-il : « Le Verbe de Dieu a habité dans l’homme et s’est fait Fils de l’homme pour accoutumer l’homme à saisir Dieu et accoutumer Dieu à habiter dans l’homme selon le bon plaisir du Père. »(Crt. Haer 3,20, 3) Mais, le moment qui s’est avéré être « La révélation fondamentale pour l’Ancienne et la Nouvelle Alliance, c’est bien l’épisode du buisson ardent et sa manifestation divine. (Ex6, 3) Cette Alliance, La Première, inaugurale, prend forme dans le Décalogue, les Dix Paroles, les dix bénédictions, les dix commandements. Mais, les infidélités des hommes et femmes à cette Alliance, leur incapacité à en respecter les clauses, provoqueront en Dieu, une surabondance d’amour  et de grâces comme l’écrit Saint Paul : « Là où le péché a proliféré, la grâce  a surabondé. » (Rm5, 20)

Justement, le Règne de la grâce, c’est bien celui de Jésus, qui par son Incarnation, sa Sainte Passion, sa Mort et sa Résurrection, est devenu « le Médiateur d’une Alliance nouvelle… (1Co11, 25/He9, 15/ He8, 8/Lc22, 20).Tous les baptisés et futurs baptisés devraient toujours garder cela dans la mémoire de leurs cœurs, surtout en ce temps de la « Sainte quarantaine : le carême.

Celui-ci nous prépare aux mystères de Pâques. Par sa totale offrande d’amour sur la croix, dont l’Eucharistie, la messe constitue le déploiement sacramentel en acte, nous sommes invités à vivre, avec Jésus et les autres, l’esprit de la Nouvelle Alliance : Don, pardon, joie, foi, libération, espérance, engagement, fidélité, charité, persévérance, patience, serviabilité, humilité, confiance, douceur, paix. Car « l’essence même de notre vie est de tendre, non pas à être mieux, mais à être plus. » (Teilhard de Chardin, 27 février 1921)

La Première Alliance est de proclamation extérieure

La Nouvelle Alliance est de formation intérieure.

La Première Alliance est de fonction fidèle.

La Nouvelle Alliance est de mention universelle.

La Première Alliance est d’intention prophétique

La Nouvelle Alliance est d’action mystique.

La Première Alliance est de portée historique.

La Nouvelle  Alliance est de bonté messianique.

La Première Alliance est d’inscription normative

La Nouvelle Alliance est d’ambition créative.

La Première Alliance est d’oblation temporelle

La Nouvelle Alliance est de Passion Éternelle.

Et pourtant, ce qui était latent dans l’Ancienne Alliance est devenu patent dans la Nouvelle selon le mot de Henri de Lubac. Les deux Alliances sont donc inséparablement liées comme les deux faces d’une même feuille, d’une même page. Celle que Dieu écrit, comme Maître des Temps de l’Histoire, celle que les hommes et femmes tâchent d’inscrire comme cocréateurs des Alliances d’aujourd’hui et demain. Bon Carême !

Père Jean-Parfait CAKPO.

 

Edito du mois (Mars 2020).
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